L'architecture au service des enfants autistes

Architecture
Lundi 29 juin 2015




Un institut médico-éducatif a ouvert depuis quelques mois à Boulogne Billancourt, dans les Hauts de Seine. Toute sa conception architecturale a été pensée en fonctions des troubles que rencontrent les enfants atteints d'autisme.

Les sens et la perception chez les enfants ou adolescents atteints de troubles envahissant du développement ne fonctionnent pas efficacement : soit le système nerveux envoie trop d’informations, soit trop peu. Ils ont des difficultés à interpréter l’espace, à lui donner une signification. Ils favorisent le toucher, l’odorat et le gouter au détriment de l’audition et de la vue.

Partant de ce constat, l’agence d’architecture Créa7 a conçu, pour l’UGECAM île de France, un Institut médico-éducatif (IME) pour des jeunes de 12 à 20 ans à Boulogne Billancourt. Il y a sept places en internat et treize en accueil de jour.

Stimuler ou apaiser

Sur trois étages, soit 1 200m², les différentes salles d’activités se déclinent en zones stimulantes, apaisantes, mixtes ou neutres. Le choix des matériaux, le traitement de la lumière et des couleurs donnent une identité à chaque espace pour une meilleure compréhension de lieux. Ainsi les enfants peuvent mieux se repérer et être plus autonomes. La notion de routine rassurante est au cœur de la conception architecturale. L’environnement doit être prévisible pour éviter de trop fortes angoisses. « Les couloirs ne sont pas rectilignes car cela renforce l’agoraphobie, explique Stéphane, l’architecte du bâtiment. Aussi j’ai conçu des murs courbes avec un jeu de faux-plafonds rabaissés, des repérages sensoriels, des tons parfois neutres ou plus vifs… »

Chaque entrée est marquée par des couleurs, des matières (laine de bois, panneaux de zinc, mosaïque, moquette, carrelage…) et des sensations différentes. Dans les salles d’activités, côtés zones stimulantes, la lumière est naturelle avec accès au jardin, les couleurs chaudes, les revêtements au sol sont contrastés, les murs aimantés ou permettant l’usage de la craie. Sur les zones de repos, les textures sont absorbantes, les matériaux naturels et chaleureux, les couleurs douces avec un îlot acoustique minimisant les bruits

Briques rouges et fresques en couleur

Implanté dans le quartier chic des Princes, l’immeuble de briques rouges creuses (moulées à la main) avec un bandeau en éternit blanc se repère facilement dans le quartier.  « Il y a une perméabilité visuelle avec la rue », précise l’architecte. L’IME est accolé à un hôtel particulier fin XVIIIème en future rénovation. Pour l’heure, ce bâtiment est comme abandonné, avec de nombreux graffitis sur les murs. Le street art est aussi présent dans l’établissement grâce à la création de RCF1, alias Jean Moderne, qui a peint le long du mur d'accès au sous-sol. Son œuvre apporte des formes rondes, de la couleur et même des notes de musique… De l’art pour les enfants autistes.

Sophie Le Renard

Journaliste spécialisée autour des problématiques urbaines, Sophie Le Renard collabore à divers magazines (Vivre Paris, Parisien magazine, Service public territorial...) et anime le blog Villes en vie sur lequel elle propose des déambulations autour de l'art urbain, la photo de rue, l'architecture... Au fil de ses rencontres avec des architectes, photographes, artistes, elle dessine les contours de villes en mutation.

 

Mots clés : architecture  autisme  IME  enfants  


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