Dunkerque lance une étude qualitative

Le labo du bus gratuit
Lundi 07 novembre 2016




Ce n’est pas encore une lame de fond… Pourtant, en matière de gratuité des transports publics, un net frémissement s’opère actuellement. En 2018, Dunkerque deviendra la plus grande agglomération française à expérimenter la gratuité. L’occasion pour ce territoire de mener une étude qualitative inédite.

Depuis les années 2000, les mentalités évoluent : de plus en plus de villes et d’agglomérations instaurent progressivement la gratuité de leurs transports publics. Compiègne, Aubagne, Muret, Castres, Châteauroux, Vitré, Arcachon, Abbeville… Au total, 29 territoires ont franchi le pas à ce jour. Deux poids lourds ont également fait part de leurs intentions d’y aller : Niort (118 000 habitants) le 1er janvier 2017 et Dunkerque (200 000 habitants) fin 2018.

En matière de gratuité du bus, les retours d’expérience des habitants et des élus sont généralement enthousiastes. Nous avions eu l’occasion de le constater lors de deux articles respectivement consacrés au cas de Châteauroux et à celui d’Aubagne ; la gratuité engendrant notamment une fréquentation accrue du bus au détriment de la voiture, une baisse des incivilités ou encore un regain d’attractivité des commerces de centre-ville.

Si cette unanimité des discours positifs s’avère significative, aucune étude scientifique de nature « qualitative » n’a jamais été menée en France afin de mesurer les impacts réels de la gratuité des transports en commun.

Création du labo du bus gratuit


C’est sur le territoire dunkerquois que la première étude du genre sera conduite, par le biais d’un partenariat associant la communauté urbaine, l’agence d’urbanisme locale et l’association de chercheurs VIGS.

Pour l’occasion, Urbis le mag crée une rubrique dédiée, baptisée « Le labo du bus gratuit » qui s’enrichira d’articles au fur-et-à-mesure de la poursuite de l’étude.

En guise d’article inaugural, donnons la parole à Henri Briche, le doctorant chargé de mener cette étude durant sept mois.

« Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste concrètement votre mission à Dunkerque ?

La gratuité totale du réseau dunkerquois est prévue en 2018. Pour le moment, seule la gratuité le week-end a été symboliquement mise en place depuis septembre 2015. C’est une chance que de pouvoir étudier la situation avant le passage à la gratuité totale puis de refaire un état des lieux après. Aucune étude qualitative n’a été menée de cette façon en France jusqu’à présent. Notre étude va porter sur plusieurs points. Par exemple, le ressenti des habitants vis-à-vis de la gratuité. Estiment-ils que cela représente un gain de pouvoir d’achat ? Comptent-ils prendre davantage le bus lorsqu’il sera gratuit ? Nous allons aussi déjà pouvoir constater les effets de la gratuité du week-end sur l’insécurité : y-a-t-il moins d’incivilités, l’ambiance s’est-elle améliorée dans les bus ? Les chauffeurs apprécient-ils davantage leurs conditions de travail ? Il s’agit de saisir, à l’aide d’outils de sciences sociales, l’effet d’une politique publique sur un territoire, ses habitants et ses institutions.

Dunkerque sera scrutée par les autres agglomérations

Dans un deuxième temps, en 2019, nous regarderons de près des indicateurs comme le report modal vers le bus (l’abandon d’un mode de déplacement pour un autre), l’évolution de la fréquentation des commerces du centre d’agglomération, la hausse – ou pas – de la demande de logements… Le Dunkerquois va devenir la référence française, un laboratoire de la gratuité dont les résultats seront scrutés de près par les autres villes et agglomérations !

Car la gratuité est aujourd’hui un sujet qui divise…

Oui, c’est un sujet qui génère beaucoup de fantasmes et de questionnements. J’entends beaucoup les phrases « Rien n’est jamais gratuit », « Il y a toujours quelqu’un qui paye »… Pour prendre le cas dunkerquois que j’étudie depuis quelques semaines, il faut savoir que la billetterie ne couvre que 10% des dépenses de fonctionnement du réseau de bus. Par le biais de leurs impôts, les gens ou les entreprises payent déjà, sans le savoir, pour un réseau cher et qu’ils n’utilisent pas ! Dunkerque est en effet l’un des territoires français où l’on utilise le plus la voiture individuelle. Ces dix dernières années, le bus a encore perdu du terrain avec une chute de fréquentation de 18%...

Plus globalement, dans un contexte d’austérité, la gratuité fait figure d’ovni dans l’action publique, en allant à contre-courant de la tendance nationale qui consiste à faire payer plus les usagers. Et c’est justement parce qu’elle intrigue qu’il parait nécessaire de la comprendre, de disposer de données qualitatives permettant de se forger une opinion étayée sur ses impacts.

Est-il possible pour les habitants du Dunkerquois qui le souhaitent de participer à votre étude ?

Oui, je les invite dès-à-présent à remplir ce questionnaire en ligne et à le partager via les réseaux sociaux ou par mail à leurs contacts. Plus il y aura de réponses, plus les résultats seront jugés significatifs. »

L'auteur

Journaliste spécialisée dans les questions urbaines, Vanessa Delevoye est la rédactrice-en-chef d'Urbis le mag.



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