Big data : quels enjeux et quels risques ?

Numérique
Mardi 03 novembre 2015




Bienvenue dans l’ère du big data ! Lorsque nous utilisons nos téléphones, nos ordinateurs, nos cartes bancaires, en bref tous les objets connectés qui font désormais partie intégrante de notre quotidien, nous laissons derrière nous des traces numériques en temps réel, géolocalisées et personnalisées.

Un phénomène de production de données dont Xavier Dupré, ingénieur chez Microsoft et professeur à l’ENSAE Paris Tech, pointe le caractère inédit et l’ampleur : « Si on mettait toutes les données numériques produites dans le monde sur des CD, on ferait cinq fois la distance terre-lune ».

Enjeu économique

« En matière de big data, l’important, c’est bien ce qui est fait de toutes les informations récoltées. Dans ce domaine, les enjeux économiques sont incroyables. La cour de justice européenne a d’ailleurs interdit tout transfert de données numériques vers les Etats-Unis, ce qui démontre le caractère stratégique revêtu par la donnée numérique », indique Eric Peres, vice-président de la CNIL et auteur d’un rapport sur la question.

Dans un avenir proche, quelles utilisations seront faites des données numériques produites en likant sur facebook, en recherchant une information via Google ou en réglant notre stationnement par smartphone ? Voilà déjà quelques années que les entreprises s’en servent pour nous faire des offres publicitaires dont la pertinence s’est considérablement affinée pour correspondre parfaitement à nos goûts et habitudes de vie.


Xavier Dupré, Eric Peres et Philippe Gargov.

Utilisation prédictive

Eric Peres attire cependant l’attention sur les risques liés à une nouvelle utilisation – dite prédictive – de nos données personnelles : « Une compagnie d’assurance est désormais en capacité de connaître mon poids et ma taille (donc mon indice de masse corporelle), de savoir que je porte des lunettes et que je conduis plus la nuit (où le risque d’accident est plus important) que le jour… Des informations qui vont lui permettre de calculer le risque qu’elle prend à m’assurer ».

Quant à la loi, elle ne protège pas les citoyens de tout, ne serait-ce que parce que la technologie avance bien plus vite que le législateur. Et le vice-président de la CNIL de conclure que l’éducation au numérique est devenue aussi urgente qu’indispensable : «  Il ne s’agit pas d’apprendre aux enfants à se servir d’une tablette. Il faut désormais leur enseigner le code de la route qui va leur permettre de se déplacer dans le monde numérique tout en protégeant leurs informations personnelles. »

Le temps des questionnements

Le géographe Philippe Gargov, à la tête du cabinet de prospective Pop’up urbain, évoque pour sa part un visage plus souriant du big data : la possibilité pour les villes de rendre les trajets en transports en commun plus fluides, de mieux gérer leurs déchets, de prévenir les épisodes de pollution. En somme, d’optimiser l’organisation urbaine pour revenir à l’essence même du concept de ville connectée et intelligente. « Après la ville créative, puis la ville durable, la ville numérique a été l’injonction à la mode ces dernières années. Elle est aujourd’hui en perte de vitesse. »

Un essoufflement que le géographe ne voit pas forcément d’un mauvais œil : « Nous entrons dans une phase de recul nécessaire qui va nous permettre de répondre sereinement à certains questionnements portant sur l’évaluation du risque de piratage des données des collectivités, la dépendance accrue des collectivités aux acteurs privés du numérique dans un contexte de baisse des dotations de l’Etat, le véritable coût énergétique de la ville intelligente, l’émergence d’une fracture numérique entre des quartiers riches bien dotés et des quartiers pauvres qui n’auront pas les moyens de s’équiper… » 

Pour approfondir...

Cet article a été rédigé sur la base de la conférence-débat "Big data et Villes intelligentes", organisée le 15 octobre 2015 à la Halle aux sucres de Dunkerque, à l’initiative de l’association Coding and Bricks.



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