Bienvenue aux pays des bus gratuits !

Le labo du bus gratuit
Jeudi 05 novembre 2015




Gil Averous, maire et président de Châteauroux métropole, et Magali Giovannangeli, élue d’Aubagne, participeront au rendez-vous de l’AGUR " Bus gratuit, ils l’ont fait et ils en parlent " qui aura lieu ce mardi 10 novembre 2015 à Dunkerque. Ces deux élus de bords politiques opposés (le premier appartient au parti Les Républicains, la seconde au Parti communiste) défendent d’une seule et même voix la gratuité.

Châteauroux


«  La gratuité des bus est une bonne idée… qui n’est pas applicable partout », annonce d’emblée Gil Averous, maire et président de Châteauroux métropole, avant d’énumérer deux des bonnes raisons qui ont conduit l’agglomération de Châteauroux à franchir le cap dès 2001 : une fréquentation à la fois faible et en baisse (21 voyages par an et par habitant contre 33,8 en moyenne nationale), des recettes de billetterie modiques (400 000 euros par an en 2001) ne représentant que 14% du coût annuel réel des transports en commun castelroussins.

Une réponse sociale

« Mon prédécesseur, Jean-François Mayet, a d’abord envisagé la gratuité comme une vraie réponse sociale, dans le but d’augmenter le pouvoir d’achat des habitants. Son objectif était aussi de rendre plus attractive et efficace l’offre de transports collectifs. En revanche, son but n’était pas de restreindre l’usage de la voiture, d’autant qu’il était concessionnaire automobile ! », plaisante l’actuel maire de Châteauroux.

Pas d'augmentation d'impôts

L’élargissement de la base de calcul du versement transport et l’augmentation du taux de cette taxe (qui touche tous les employeurs, entreprises et administrations) a permis de financer la mesure en rapportant 302 000 euros annuels. Les impôts locaux n’ont pas augmenté. La suppression de la billetterie (édition des tickets, entretien des valideurs, suppression du réseau de vente des tickets…) et la disparition des contrôles a aussi permis de réaliser de substantielles économies : 106 000 euros par an.

+206% de fréquentation

La gratuité a vite conquis le cœur des habitants : « Il serait aujourd’hui impossible de faire marche arrière, estime Gil Averous, et nous n’y songeons pas ! » En l’espace de 13 ans, la fréquentation du réseau de bus castelroussin a augmenté de 206% pour atteindre 60 voyages par an et par habitant en 2014.

« Nous avons régulièrement procédé à l’amélioration de l’offre en augmentant les fréquences de passage, en investissant dans des matériels neufs comme l’information en temps réel des voyageurs, en desservant de nouveaux secteurs de l’agglomération. » Châteauroux métropole effectue 1 million d’euros d’investissement dans son réseau de bus gratuit chaque année. Un choix assumé dans un contexte de baisse des dotations de l’Etat : « Le seul motif de plainte des habitants concerne certains bus trop remplis. Mais ce remplissage permet aussi d’assurer un contrôle social efficace. Nous n’avons pas plus de dégradations des bus depuis la gratuité ». Et pour l’anecdote, « certaines personnes âgées prennent le bus sans motif particulier, juste pour voir des gens et faire une balade ! »

Aubagne


Si elle n’est plus aujourd’hui présidente de l’agglomération d’Aubagne, Magali Giovannangeli a été l’une des principales instigatrices de la mise en place du bus gratuit voilà 6 ans.

« C’était une promesse de campagne électorale sur laquelle notre équipe avait été élue. Nous avons tenu parole », résume-t-elle non sans fierté. «  La gratuité a véritablement revisité le rapport des gens à la politique. En tant qu’élue je peux vous dire que je garderai toute la vie le souvenir de cette dame qui m’a serrée contre elle pour me dire que le 15 mai 2009 était le 7e plus beau jour de sa vie ! Elle avait 6 enfants. Elle était bouleversée à l’idée qu’elle n’aurait plus à payer le bus pour ses enfants, c’était un soleil cette femme, un sourire ! Et des sourires, on en a tant croisé ce jour-là… »

Des conséquences inattendues

Outre le bond de la fréquentation (+170% entre 2009 et 2012, l’augmentation se poursuit désormais à un rythme modéré) et l’augmentation notable du nombre de nouveaux usagers (35% des usagers ont abandonné leur voiture pour les transports en commun), l’élue évoque d’autres « conséquences, plus inattendues » : « La gratuité a généré des moments de convivialité, de partage entre les gens. Les artistes locaux s’en sont mêlés… On a vécu des moments incroyables. Au quotidien, l’ambiance est bien plus apaisée dans les bus, les chauffeurs sont contents, eux qui au début étaient très réticents… »

En septembre 2014, un tronçon de 2,9 km de tramway, également gratuit, a été inauguré. Il absorbe à lui seul 45% de la fréquentation de l’ensemble du réseau.

La gratuité menacée ?

Si Sylvia Barthélémy, désormais dans le fauteuil de président de l’agglomération, défend la gratuité aubagnaise, une menace plane cependant : l’intégration de l’agglomération au sein d’une grande métropole marseillaise qui exercera la compétence des transports. Les élus marseillais ne sont pas pour la gratuité et ils le font savoir… « En 2017, la délégation de service public arrivera à son terme. J’ai peur que cela signe la fin de la gratuité », soupire Magali Giovannangeli.

 

Rendez-vous mardi 10 novembre à 18h30 à l'auberge de jeunesse l'Escale à Dunkerque pour assister à la conférence-débat " Bus gratuit, ils l'ont fait et ils en parlent ! ". Toutes les infos en cliquant sur ce lien.

L'auteur

Journaliste spécialisée dans les questions urbaines, Vanessa Delevoye est la rédactrice-en-chef d'Urbis le mag.



Partagez cet article